Cambriolage d'entrepôt : 5 mesures à coût zéro pour limiter les risques
- Clément TETU
- 29 déc. 2025
- 7 min de lecture

Les entrepôts logistiques sont des cibles attractives pour les cambriolages. Ils concentrent des marchandises parfois à forte valeur, disposent de multiples accès et fonctionnent sur des amplitudes horaires étendues. Implantés en zones périurbaines et soumis à une forte pression opérationnelle, ils présentent souvent des vulnérabilités exploitables.
Face à ce risque, la réponse consiste fréquemment à investir dans des équipements de sûreté. Or, dans de nombreux cas, les failles ne sont pas technologiques mais organisationnelles : routines prévisibles, consignes inégalement appliquées, zones mal définies, signaux faibles ignorés, etc. Ces écarts créent des opportunités, bien avant qu’une alarme ou une caméra n’entre en jeu.
Avant d’investir, le premier levier est donc interne. Process clairs, discipline d’exécution, clarté des rôles, respect des standards opérationnels et vigilance collective permettent de réduire significativement le risque, sans coût supplémentaire. Les cinq mesures présentées ci-après reposent exclusivement sur ces fondamentaux, activables immédiatement sur tout site logistique.
1. Définir des zones à accès restreint avec différents niveaux de sensibilité
Dans de nombreux cambriolages d’entrepôts, le passage à l’acte est rarement spontané. Il est souvent précédé d’une phase de repérage, parfois facilitée par une connaissance interne des lieux. Produits sensibles, zones peu fréquentées, habitudes de circulation : tout ce qui est visible et accessible devient une information exploitable. Un site perçu comme uniformément ouvert est mécaniquement plus vulnérable.
Le risque principal réside dans l’absence de limites claires entre les espaces. Lorsqu’aucune zone n’est réellement sanctuarisée, il devient difficile d’identifier une présence anormale. Un accès injustifié ne surprend personne, une manipulation suspecte se fond dans l’activité courante. Cette porosité favorise aussi bien les vols opportunistes que les actes préparés, notamment en cas de complicité interne.
La mise en place de zones à accès restreint repose avant tout sur l’organisation. Elle commence par l’identification des zones sensibles, telles que :
Le stockage de produits à forte valeur ou facilement revendables ;
Les zones de picking de petits volumes ;
Les espaces de retours ou de quarantaine ;
Les locaux techniques ou informatiques.
Pour chaque zone, des règles simples doivent être formalisées :
Qui peut y accéder ?
Pour quelle mission ?
Dans quel cadre (créneaux, conditions particulières) ?
L’accès est alors réservé à certaines fonctions et à des horaires définis. Une traçabilité basique suffit : registre papier ou fichier partagé, avec signature à l’entrée et à la sortie. Sans être contraignant, ce cadre rend chaque accès légitime, visible et assumé, réduisant fortement les opportunités de dérive.
Niveau de difficulté de mise en œuvre : 3/10.
Impact sur la limitation du risque : 8/10.
2. Éviter toute routine “prévisible” avec des créneaux d’activité aléatoires
Les sites logistiques fonctionnent souvent selon des rythmes très réguliers. Horaires de pause identiques, fermeture à heure fixe, mêmes circuits de contrôle en fin de journée. Cette prévisibilité, rassurante en interne, constitue en revanche une source d’information précieuse pour un individu mal intentionné. Elle facilite le repérage et réduit l’incertitude, condition favorable au passage à l’acte.
Le risque adressé ici est celui de l’exposition par la routine. Lorsque les horaires et les comportements sont parfaitement anticipables, les moments de moindre vigilance deviennent identifiables. Une zone désertée trop tôt, un créneau sans présence humaine, une fermeture systématique selon le même schéma : autant d’opportunités offertes à une intrusion ou à une tentative de vol.
Limiter ce risque ne nécessite aucun équipement, mais une variation volontaire de l’organisation. Il s’agit d’introduire de l’aléa dans ce qui est visible de l’extérieur, notamment :
Variation des horaires de pause ;
Décalage ponctuel des horaires de fermeture ;
Alternance des circuits et de l’ordre de fermeture des zones.
Ces ajustements doivent rester simples, communiqués aux équipes et intégrés aux plannings existants. L’objectif n’est pas de désorganiser l’activité, mais de casser les schémas répétitifs. Un site où l’activité se prolonge de manière variable, où la présence humaine reste perceptible jusqu’au dernier moment, est plus difficile à anticiper et donc moins attractif. Un entrepôt qui “vit” est, par nature, moins attaqué.
Niveau de difficulté de mise en œuvre : 4/10.
Impact sur la limitation du risque : 8/10.
3. Multiplier les briefings des employés sur la remontée de signaux faibles
Dans de nombreux cas de vols ou d’intrusions, des indices étaient visibles en amont. Une présence inhabituelle, un comportement étrange, une question mal placée ou une circulation sans justification claire. Ces éléments passent souvent inaperçus ou ne sont pas signalés, non par manque de vigilance, mais par absence de cadre clair sur ce qui doit être remonté et sur la manière de le faire.
Le risque principal est celui du silence organisationnel. Lorsqu’aucune culture du signalement n’est instaurée, les signaux faibles s’accumulent sans être exploités. Les collaborateurs hésitent à parler par crainte de se tromper, de déranger ou d’être perçus comme suspicieux. Cette inertie laisse le champ libre à des actions préparées, parfois sur plusieurs jours ou semaines.
La réponse repose sur un briefing simple et régulier des équipes, sans formalisme excessif. Il s’agit avant tout d’expliquer ce que recouvrent les signaux faibles, par exemple :
Une présence inhabituelle dans une zone non ouverte au public ;
Des allers-retours injustifiés ;
Un comportement d’observation ou de questionnement anormal ;
Un non-respect discret mais répété des consignes.
Le message managérial doit être clair : signaler un doute n’est jamais une faute. Les équipes doivent être encouragées à remonter : des anomalies, des quasi-incidents ou des comportements suspects.
Il est également utile de fournir des clés simples de posture, comme le fait de challenger poliment toute personne inconnue dans une zone sensible. Cette vigilance partagée transforme chaque collaborateur en capteur de sécurité, sans créer un climat de défiance.
Niveau de difficulté de mise en œuvre : 3/10.
Impact sur la limitation du risque : 8/10.
4. Appliquer une tolérance zéro quant au non-respect des consignes de sûreté
Dans beaucoup d’entrepôts, les consignes de sûreté existent. Elles sont affichées, connues, parfois rappelées. Pourtant, au quotidien, certains écarts deviennent “acceptables” : un badge non porté, une porte laissée ouverte quelques minutes, un scellé rompu sans alerte immédiate. Ces tolérances informelles finissent par créer une culture du relâchement, perçue très rapidement par des personnes mal intentionnées.
Le risque ici est celui de la banalisation des écarts. Chaque entorse non traitée affaiblit le dispositif global et envoie un signal implicite : les règles ne sont pas réellement contraignantes. Ce contexte favorise autant les intrusions externes que les dérives internes, en rendant les contrôles prévisibles, contournables ou simplement inexistants.
Appliquer une tolérance zéro ne signifie pas sanctionner systématiquement, mais agir systématiquement. Cela passe par des actions simples et visibles :
Rappel immédiat en cas de badge non porté ;
Désactivation sans délai des badges des intérimaires sortis, des collaborateurs mutés ou absents longue durée ;
Fermeture immédiate des portes laissées ouvertes ;
Signalement et traitement systématique des ruptures de scellés.
La règle doit être claire : tout écart est traité. Le recadrage doit être immédiat, factuel et pédagogique. En cas de récidive, une sanction proportionnée s’impose. Cette constance managériale installe un cadre lisible, sécurisant pour les équipes et dissuasif pour toute tentative de contournement.
Niveau de difficulté de mise en œuvre : 4/10.
Impact sur la limitation du risque : 8/10.
5. Établir et entretenir des liens pérennes avec les forces de l’ordre
Lorsqu’un incident survient sur un site logistique, la réaction doit être rapide, coordonnée et efficace. Pourtant, dans de nombreux cas, la question se pose encore dans l’urgence : qui contacter ? par quel canal ? avec quel niveau de priorité ? L’absence de lien préalable avec les forces de l’ordre transforme un événement déjà critique en situation confuse et chronophage.
Le risque adressé ici est celui de l’impréparation relationnelle. Sans contact identifié ni connaissance mutuelle, les échanges sont plus lents, moins précis, et parfois mal orientés. Les forces de l’ordre découvrent le site sous contrainte, sans repères, tandis que l’entreprise subit l’événement sans appui structuré. Ce manque d’anticipation réduit l’efficacité de la réponse et complique la prévention à long terme.
La solution repose sur une démarche simple : créer du lien en amont avec les acteurs locaux de la sécurité. Selon le territoire, cela peut concerner :
La Gendarmerie Nationale ;
La Police Nationale ;
La Police Municipale.
Il est pertinent d’identifier et de solliciter le référent sûreté au sein des commissariats ou brigades. Une visite du site peut être organisée afin de présenter les flux, les zones sensibles et les contraintes opérationnelles. Ces échanges permettent d’obtenir des conseils concrets, adaptés au terrain, et de fluidifier les contacts. L’objectif est clair : ce n’est pas le jour-J que l’on doit chercher les bons interlocuteurs, mais bien en amont, dans une logique de prévention et de partenariat.
Niveau de difficulté de mise en œuvre : 2/10.
Impact sur la limitation du risque : 8/10.
Conclusion
Les cambriolages d’entrepôts ne relèvent que rarement d’une faille unique. Ils sont le plus souvent la conséquence d’un enchaînement de vulnérabilités organisationnelles : routines trop visibles, consignes mal appliquées, zones mal maîtrisées, signaux faibles non exploités. Les cinq mesures présentées dans cet article montrent qu’il est possible de réduire significativement l’exposition au risque sans investissement matériel, en agissant sur les fondamentaux opérationnels.
Cette approche repose sur une conviction simple : la sûreté commence par l’intelligence du terrain. Comprendre ses propres vulnérabilités, analyser les modes opératoires possibles, structurer la vigilance collective et renforcer la discipline d’exécution constituent des leviers puissants, immédiatement activables.
C’est précisément dans cette logique que la [Task Force Logistics.] propose des services d’intelligence stratégique appliquée aux environnements logistiques, visant à limiter l’exposition des entrepôts aux risques de malveillance. À travers des diagnostics ciblés, des investigations “low profile” et des recommandations opérationnelles, l’objectif est d’anticiper plutôt que de subir, en renforçant durablement la robustesse organisationnelle des sites.
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🔗 Management de transition
Soutien lors de démarrage, Renfort de la direction & Appui lors de pic d’activité
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Contrôle du niveau de service, Inspection et redressement & Interface client-prestataire
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