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Interview de Paul Théron, directeur des opérations chez FoodFlow.

7 oct.
6 min de lecture

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler dans le secteur de la logistique ?


Je pense que c’est quelque chose qui est un peu au fond de soi. C’est l’amour du terrain, la proximité avec les gens et le côté concret du métier.


Je pense que les personnes qui travaillent dans la logistique aiment mettre les mains dans le cambouis et faire les choses par elles-mêmes. Beaucoup ont d’ailleurs exercé différents métiers de la chaîne logistique, comme la livraison, la préparation de commandes, etc.


Pour ma part, je suis arrivé dans ce secteur grâce à une expérience étudiante. J’ai organisé un événement qui nécessitait de gérer l’approvisionnement en boissons et en nourriture, ainsi que l’organisation des équipes. J’ai vraiment apprécié le fait d’organiser tout cela, d’être un peu le chef d’orchestre de toutes ces opérations et surtout de voir le résultat presque immédiatement.


On voit concrètement le résultat de son travail et la satisfaction des personnes qui bénéficient du service. C’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié.


Quel a été votre parcours et quelles études avez-vous suivies ?


J’ai un parcours assez atypique par rapport aux profils que l’on retrouve habituellement dans la logistique. J’ai fait une école de commerce, l’EDHEC, dans le Nord.


Dans mon école, la majorité des étudiants s’orientaient vers la finance, les grandes banques ou des fonctions support comme le marketing ou le commercial. J’étais donc assez peu entouré de personnes qui souhaitaient travailler dans les opérations.


De mon côté, je me suis rapidement orienté vers la logistique, dès mes premières expériences professionnelles et mes stages. J’ai toujours évolué dans des structures plutôt orientées start-up et dans ce que j’appellerais la logistique innovante.


Je n’ai pas travaillé dans la logistique traditionnelle des grands groupes de transport ou dans la messagerie. Je me suis plutôt tourné vers des entreprises qui cherchent à créer et à mettre en place les modèles logistiques de demain.


Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les acteurs de la logistique et de la livraison ?


Le principal problème de la logistique aujourd’hui, c’est le personnel, et notamment la difficulté à trouver du personnel qualifié.


On pense encore trop souvent que des métiers comme la préparation de commandes, la réception, la gestion des quais ou la manutention ne nécessitent pas de formation particulière. C’est pourtant de moins en moins vrai.


Ces métiers deviennent de plus en plus complexes et qualifiés, notamment avec la mécanisation des entrepôts. Un préparateur de commandes doit aujourd’hui savoir utiliser un ordinateur, un PDA et être capable de réfléchir et de travailler dans un environnement de plus en plus mécanisé.


Il existe également de fortes différences entre les bassins de recrutement. Par exemple, en Île-de-France, le marché est particulièrement tendu. Il faut donc consacrer beaucoup de temps et de ressources RH pour trouver les bons profils.


La problématique concerne d’ailleurs l’ensemble des niveaux de qualification : les profils opérationnels comme les profils qualifiés, notamment les team leaders et les managers de proximité, sont difficiles à recruter.


Qu’est-ce qui fait vraiment la différence entre un bon responsable logistique et un excellent responsable logistique ?


Un bon responsable logistique va faire son travail et s’appuyer sur ses acquis. Un excellent responsable logistique va aller plus loin que ce qui lui est demandé.


Il faut prendre des initiatives, être proactif et chercher constamment à améliorer les choses.

Une qualité essentielle est également la connaissance du métier et la proximité avec ses équipes. Il faut connaître concrètement les métiers de son entrepôt et comprendre les problématiques auxquelles les équipes sont confrontées.


Pour prendre les bonnes décisions et améliorer le quotidien des collaborateurs, il faut donc bien connaître leur métier et savoir les écouter.


Quelle importance accordez-vous à la relation avec les équipes dans le management logistique ?


La logistique est un secteur qui rassemble rapidement de grandes équipes. On peut être amené à manager et piloter des centaines de personnes.


Si l’on n’aime pas travailler avec les gens, cela peut donc être compliqué de travailler dans la logistique.


Il faut savoir se mettre au niveau de chacun et adapter son discours. Un manager doit pouvoir échanger aussi bien avec des personnes très qualifiées qui travaillent sur les process qu’avec les équipes présentes directement dans l’entrepôt.


Quand les collaborateurs se sentent accompagnés et considérés, ils ont davantage tendance à

s’investir dans leur travail.


Personnellement, j’aime mes équipes et je pense que c’est important dans ce métier.


Concrètement, qu’est-ce qui fait qu’une organisation logistique est réellement performante ?


Je pense qu’il y a principalement deux éléments : les process et les équipes.


Il faut d’abord avoir de bons process, qui soient éprouvés par la donnée. Aujourd’hui, il est essentiel de pouvoir suivre les différentes étapes des opérations grâce aux données et aux tableaux de bord.


La donnée permet de piloter les process et de mettre en place une démarche d’amélioration continue.


Mais il faut également avoir de bonnes équipes et recruter les bons profils. Si l’on a de bons process mais pas les bonnes personnes pour les appliquer, ou l’inverse, cela devient rapidement compliqué.


Il faut également avoir suffisamment de management de proximité au sein des entrepôts pour accompagner les équipes au quotidien.


Quelle place le bon sens a-t-il selon vous dans le travail quotidien en logistique ?


Le bon sens est directement lié à la connaissance du métier et à la proximité avec les équipes.


Lorsqu’on met en place des process, il faut éviter de prendre des décisions qui sont déconnectées de la réalité du terrain.


Si l’on est trop éloigné de son entrepôt et de ses équipes, on peut être amené à mettre en place des solutions qui semblent pertinentes sur le papier mais qui ne sont pas réalisables dans la réalité.


Pour moi, le bon sens vient donc principalement du fait d’être proche de ses équipes et de comprendre concrètement ce que l’on fait.


Comment faire en sorte que les nouveaux process soient réellement adoptés par les équipes ?


On peut avoir une solution qui paraît pertinente, avoir analysé les données et être convaincu qu’elle fonctionnera, mais si les équipes ne l’adoptent pas, elle ne fonctionnera pas.


Lorsqu’il existe une opposition entre les équipes qui conçoivent les process et celles qui doivent les appliquer sur le terrain, on ne peut pas simplement forcer les équipes à faire les choses différemment.


Il faut faire preuve de bon sens et travailler sur l’adoption.

Cela passe notamment par la communication. Les personnes n’aiment pas toujours le changement, car elles sont habituées à leurs routines. Pourtant, si l’on veut être agile et faire évoluer la logistique, il faut parfois changer les habitudes.


Il faut donc prendre le temps de communiquer, d’écouter les équipes, de comprendre leurs problématiques et de leur montrer que les changements sont également pensés pour améliorer leur quotidien.


La communication est donc une véritable clé dans la réussite du changement.


Pourquoi les team leaders et le management de proximité sont-ils particulièrement importants en logistique ?


Il existe aujourd’hui une véritable tension sur les profils de team leaders et de management de proximité.


Ce sont des profils d’intermédiation : ils doivent être capables de réaliser le métier de leurs équipes, par exemple préparer des commandes ou gérer la manutention, tout en ayant des compétences managériales, une capacité à gérer des projets et à faire du feedback.


Cette couche intermédiaire est particulièrement difficile à construire.

Il est assez rare qu’un préparateur de commandes évolue naturellement vers un poste de team leader en quelques mois. Lorsqu’une évolution de ce type se fait, elle peut prendre plusieurs années.


À l’inverse, recruter quelqu’un à l’extérieur pour manager une équipe déjà constituée n’est pas forcément simple non plus : il faut que cette personne réussisse à faire ses preuves et à gagner la confiance des équipes.


C’est donc une problématique de recrutement qui concerne toutes les strates de l’organisation, des profils opérationnels aux profils de management.


Quels sont, selon vous, les enjeux liés à la formation et à la communication des équipes de terrain ?


L’un des enjeux importants est d’apprendre aux personnes qui évoluent sur le terrain à mieux communiquer et à développer leurs compétences en leadership.


Les équipes évoluent parfois dans l’entrepôt sans avoir nécessairement été accompagnées ou formées à ces aspects.


Les team leaders ont justement un rôle essentiel à jouer : ils doivent être capables de faire leur métier tout en accompagnant leurs équipes, en communiquant clairement, en donnant du feedback et en faisant remonter les problématiques.


C’est une couche intermédiaire qui est aujourd’hui particulièrement importante dans les organisations logistiques.

 
 
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